Arrêter de postposer: n’est-ce pas là ce que l’humanité devrait faire pour stopper la souffrance?
faute de mieux
On parle beaucoup de méditation. Mais la pratique-t-on pour autant?
Et puis que faut-il entendre par méditer? Est-ce seulement réfléchir? Ou faut-il aller voir aussi ce qu’en dit l’Orient? S’agissant alors d’une assise apprêtée, doit-on en escompter des bénéfices? Ou est-ce quand même, comme certains le pensent, l’activité désintéressée par excellence?
Plus généralement, est-ce une forme de relaxation? D’auto-hypnose? D’auto-thérapie? Voire de prière? Est-ce une entreprise de déconditionnement? Une revanche sur le temps qui file? Une façon de réaliser que nous désirons avant tout la paix de l’esprit?
S’agit-il, en méditant, de vaincre la souffrance névrotique ou la souffrance existentielle ou les deux?
Est-ce le « moyen » de découvrir que le silence est moins une absence de bruits qu’une absence de pensées? Ou celui de revenir à cette âme que nous sommes en train de perdre à force de nous détourner de nous-mêmes, divertis que nous sommes par un monde de plus en plus tentateur, sollicitant, intrusif?
Ces questions sont abordées ici au compte-gouttes (formule blog oblige), à raison d’une fulgurance par jour, dans un esprit non conditionnant. Et les textes sont concis. Ca tombe bien, vous êtes pressé(e) !
Arrêter de postposer: n’est-ce pas là ce que l’humanité devrait faire pour stopper la souffrance?
En lisant Lao-tseu, je me demandais la chose suivante:
Si depuis au moins 2600 ans l’homme se pose la question: « Pourquoi tout ceci? » et si depuis lors, il n’a pas encore pu y répondre, cela veut-il dire que cela ne vaut pas la peine
d’essayer ou que l’on pourrait, qui sait, être le premier à y trouver une réponse, la réponse?
Se poser la question « Qui suis-je ? », moins peut-être pour en trouver la réponse que parce que ce serait celle qui fasse le mieux taire le mental, surpris de tant d’audace et laissé sans voix.
Dans le supplément en anglais du Monde du 2 juin, le New York Times nous proposait un article au titre prometteur pour tout méditant: In a Digital Click, The Moment Is Lost
Forever.
Je me réjouissais à l’avance de lire un texte (ils sont si rares) qui allait faire l’éloge du moment « non perdu » lorsqu’on s’abstient de le retenir dans une boîte noire, numérique en
l’occurrence mais bon, rien n’interdisait à l’auteur d’extrapoler au cerveau humain puisqu’il est, lui aussi, pourvu d’une mémoire.
Hélas, il me fallut déchanter à la lecture. Damon Darlin expliquait en réalité (et pour faire bref) que nombre d’appareils numériques ont de grandes difficultés à immortaliser un sujet en
mouvement, le temps de réponse du « Digital Click » étant trop long. Une autre façon, vous en conviendrez, de concevoir ce qu’est un moment perdu, et
dans la foulée, un moment tout court, une respiration retenue, un ouf, un simple et merveilleux instant d’une conscience humaine.
Regrettable et surtout futile par rapport à ce qu’on aurait pu tirer d’un tel titre: une apologie (ici encore pour faire bref) de l’instant dégusté sans esprit appropriation, intensément
vécu, réel et pour tout dire: éternel autant qu'éphémère.
5/5
Il n’y aurait rien à atteindre.
Ce serait l’illusion du contraire qui nous corrompt. Nous serions tous éveillés et nous le saurions au fond de nous mais nous penserions ne pas le savoir. Exactement comme quand nous
regardons un film policier: nous avons peur pour le héros car nous jouons à croire que son adversaire est armé. Et c’est bien de jouer dont il s’agit car nous savons au fond de nous que
c’est un film et que le revolver est un accessoire à cinq dollars.
(Ceci clôt - provisoirement peut-être - les propositions sur l’éveil. A noter 1) qu’il n’y a ici aucune prétention de compétence en la matière, 2) que ces fulgurances ne sont pas vraiment destinées à êtres lues l’une après l’autre, 3) qu’ayant été entrevues à des époques différentes et donc à des niveaux de conscience différents, elles peuvent paraître contradictoires, et enfin que 4) réaliser que ces éventuelles contradictions n’en sont pas en Réalité procéderait d’une activité méditative.)
4/5
Ce serait l’espoir qui donne un sens à toute vie.
Sous cet éclairage, l’éveil du mystique à la Réalité serait une tragédie car il annoncerait la fin de toute attente. Et même si le temps (et donc aussi le désir) est une illusion… qu’il est
difficile de vivre sans cette illusion!
Voilà pourquoi l’éveil ne serait pas généralisé: trop peu d’humains seraient préparés à vivre maintenant.
3/5
L’éveil ne pourrait être décrit parce qu’il n’aurait rien à voir avec l’ego. Et nous ne pourrions décrire que ce qui nous concerne.
2/5
Nous serions tous « éveillés » car le monde aurait besoin de l'éveil de la conscience pour prendre conscience de lui-même*.
L'éveil serait alors le paradoxe par excellence, un état recherché et trouvable tout autant qu’un état naturel qui ne nous aurait jamais quittés et ne nous quittera jamais.
*: "Awakening is the quality of all of what is outside the black holes of this universe," m'a dit un jour en rêve un jnani, simple moine de l'Himalaya, en regardant les sommets
enneigés, au loin, vers Gangotri. Et c'était clair.
Cinq considérations (pour cinq jours) sur l’éveil, ce concept sublime (car susceptible, lorsque l’on tente intensément de le définir de nous emmener à quelque chose comme lui*) autant
qu’absurde (car il ne voudrait rien dire):
1/5
« On ne peut comprendre l’éveil que si on ne l’a pas connu ! »
Pour le « non-éveillé », une telle fulgurance voudrait dire que l’éveil, une fois « connu », serait alors, et seulement alors, irréductible à toute compréhension; pour « l’éveillé », elle
signifierait que l’éveil n’existe pas. Le passage d’une signification à l’autre se ferait au prix d’une salutaire résignation.
*: Tenter de définir l’éveil, comme tenter de définir le « je » véritable, relèverait du koan et en aurait l’utilité.
*: Nous pouvons seulement commenter une chose quand nous pouvons qualifier un tant soit peu son opposé ou son contraire.
**: Il serait sans doute préférable d’employer un autre terme (« enstase » par exemple, ou à la limite: « extase ») qui fasse moins référence à un état qu’à un changement de
niveau de conscience (sans sous-entendu quant à sa durée) que l’expression « réalisation de soi » (ou pire encore, « illumination » ou « éveil ») qui, elle,
caractérise plus volontiers quelque chose d'acquis et de permanent - et donc d’illusoire.
La méditation nous laisse parfois devant cette douloureuse alternative: ou la poursuivre en laissant s’envoler ces fulgurances qui nous viennent parfois comme autant d’exutoires d’un esprit en phase d’évidement, ou l’interrompre et tenter de les figer par la plume, elles qui, comme les rêves, demandent d’être saisies au plus tôt, quitte alors à mettre fin à l’état de grâce dans lequel elles sont nées. J’ignore pourquoi, mais j’ai toujours fait ce second choix.
Les notes étaient hâtivement jetées dans ces carnets à spirales qui ne me quittent jamais depuis la pénombre de l’aube, assis dans le grand silence du monde, jusqu’aux réveils nocturnes ponctués de « Mais oui, bien sûr ! ». Plus rarement, c’était en plein jour qu’elles naissaient. Toujours, il y avait cette succulence étrange…
Ces fulgurances se sont accumulées au fil des ans. En voici le résultat, saupoudré au jour le jour (avec parfois une fulgurance du jour même); une partie du résultat, faudrait-il plutôt dire, car n’ont été sélectionnées pour ce blog que celles qui gravitent - sur de très larges orbites, c’est entendu - autour du thème de la … méditation.
vous avez dit: